Projet de Loi de Finances 2026 : ce qu’il faut retenir
Une loi budgétaire entre rigueur, redressement et ambition de souveraineté économique

Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026 s’inscrit dans un contexte particulier : celui du redressement des finances publiques et du passage vers un nouveau modèle de développement endogène, prôné par le président Bassirou Diomaye Faye. Deuxième budget élaboré sous son magistère, ce texte reflète la volonté de concilier assainissement budgétaire, justice sociale et souveraineté économique.
Un contexte économique exigeant
L’économie sénégalaise sort d’une période de turbulences. Le rapport de la Cour des Comptes publié en 2025 a révélé une dette publique de 119 % du PIB et un déficit budgétaire de 12 %, bien au-delà des standards de l’UEMOA. Le PLF 2026 vise donc à remettre de l’ordre dans les comptes publics, tout en relançant la croissance.
Les projections tablent sur une croissance du PIB de 5 % en 2026, soutenue par les secteurs primaire (+6,1 %), tertiaire (+5,4 %) et secondaire (+2,9 %). Le gouvernement espère ramener le déficit budgétaire à 5,37 %, avant d’atteindre la norme communautaire de 3 % en 2027.
Des recettes en forte progression
Les recettes globales sont estimées à 6 188,8 milliards FCFA, en hausse de 23,4 % par rapport à 2025. Cette progression provient notamment du Plan de Redressement Économique et Social (PRES), qui introduit plusieurs nouvelles mesures fiscales :
* taxation des jeux de hasard (300 milliards FCFA attendus) ;
* taxation du mobile money (76,5 milliards FCFA) ;
* réactivation des droits d’exportation sur l’arachide (9 milliards FCFA) ;
* relèvement des taxes sur le tabac et l’alcool ;
* régularisation foncière (100 milliards FCFA) ;
* redevances télécoms et minières.
Ces mesures, combinées à une meilleure collecte et à la digitalisation du système fiscal, devraient porter le taux de pression fiscale à 23,2 %, contre 19,3 % en 2025.
Une stratégie d’assainissement et de rationalisation
Le PLF 2026 se veut le premier jalon d’une nouvelle discipline budgétaire. Trois axes majeurs se dégagent :
1. Assainissement des finances publiques
L’État entend réduire progressivement son déficit, apurer ses arriérés intérieurs (300 milliards FCFA prévus) et renforcer la sincérité budgétaire grâce à une meilleure traçabilité des dépenses.
2. Maîtrise de la masse salariale
Le budget introduit pour la première fois des plafonds d’emplois par ministère, afin de contenir la progression des effectifs de la fonction publique et d’assurer un meilleur suivi des recrutements.
3. Endettement maîtrisé
Le Sénégal vise à ramener sa dette publique sous la barre des 70 % du PIB à moyen terme. Le recours à des instruments de financement innovants est prévu : obligations vertes, sukuk, diaspora bonds ou PPP.
Les priorités sectorielles : investir dans l’humain et la souveraineté
1. Éducation et formation
L’État annonce un vaste programme d’infrastructures scolaires, de manuels et de mobiliers, avec la construction de nouveaux collèges et lycées dans les 45 départements.
Dans l’enseignement supérieur, 500 nouveaux enseignants-chercheurs seront recrutés, tandis que la formation professionnelle vise l’insertion de 35 000 diplômés par an grâce au modèle école-entreprise.
2. Santé
Le budget prévoit la construction et l’équipement de 35 centres de santé, ainsi que le recrutement de 2 500 agents (médecins, sages-femmes, techniciens). La digitalisation du système de santé — avec le « dossier patient informatisé » — fait aussi partie des réformes phares.
3 Agriculture et souveraineté alimentaire
Le gouvernement veut faire du Sénégal une puissance agricole régionale, via :
* la mécanisation et l’irrigation ;
* les coopératives agricoles communautaires (CAC) ;
* la valorisation locale des produits agro-pastoraux ;
* la mise en place d’assurances agricoles contre les risques climatiques.
4. Eau, assainissement et environnement
Le PLF 2026 finance le Grand transfert d’eau, la construction d’usines de dessalement, et un plan national de lutte contre les inondations.
5. Industrie et infrastructuresLa poursuite du Train Express Régional (phase 2), la modernisation du corridor Dakar-Bamako, et le désenclavement rural figurent parmi les grands chantiers.Le gouvernement veut encourager une industrialisation fondée sur les champions nationaux, via des parcs industriels et technologiques.
5. Industrie et infrastructures
La poursuite du Train Express Régional (phase 2), la modernisation du corridor Dakar-Bamako, et le désenclavement rural figurent parmi les grands chantiers.
Le gouvernement veut encourager une industrialisation fondée sur les champions nationaux, via des parcs industriels et technologiques.

Entre rigueur et ambition
Le Projet de Loi de Finances 2026 illustre un changement de paradigme économique : celui d’un État qui veut redevenir maître de ses marges budgétaires, tout en finançant sa transformation structurelle.
S’il reste encore des défis — notamment la soutenabilité de la dette, la compétitivité industrielle et la stabilité sociale —, la trajectoire choisie montre une volonté de refonder la politique économique du Sénégal sur des bases plus solides, plus équitables et plus souveraines.






