Gabon : POZI décroche 755 000 dollars, un signal fort pour les écosystèmes technologiques africains
Libreville – 14 octobre 2025.
POZI, jeune pousse gabonaise spécialisée dans la télématique et la gestion de flotte, vient de lever 650 000 euros (soit 755 000 dollars) auprès d’un consortium d’investisseurs mené par Saviu Ventures, avec la participation d’Emsy Capital et l’appui juridique du cabinet Chazai Wamba. Il s’agit du premier investissement en capital-risque étranger jamais réalisé dans une startup technologique gabonaise – une avancée historique pour l’écosystème numérique du pays. Fondée en 2020 à Libreville par Loïc Kapitho et son équipe, POZI s’appuie sur l’intelligence artificielle pour révolutionner la gestion de flotte automobile. Sa plateforme ne se contente pas de suivre les véhicules en temps réel : elle anticipe les pannes mécaniques, optimise la maintenance, réduit les coûts opérationnels et améliore la sécurité routière. Avec plus de 2 500 véhicules connectés, la startup collabore déjà avec des entreprises locales et des groupes multinationaux opérant en Afrique centrale.
“Ce financement marque une étape importante non seulement pour POZI, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème technologique du Gabon. Il montre que les startups gabonaises peuvent gagner la confiance des investisseurs internationaux et poursuivre une croissance régionale ambitieuse,” déclare Loïc Kapitho, PDG et cofondateur.
Un tournant pour l’Afrique francophone de l’innovation
La levée de fonds de POZI dépasse le cadre gabonais. Elle signale la montée en puissance de l’Afrique francophone dans le paysage du capital-risque africain, longtemps dominé par les hubs anglophones comme le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud, qui concentrent encore près de 80 % des investissements VC du continent (rapport Partech Africa 2024). Ces dernières années, les écosystèmes francophones — notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Gabon — ont commencé à attirer davantage l’attention des investisseurs. En 2024, les startups d’Afrique francophone ont levé environ 360 millions de dollars, soit plus de 10 % du total continental, une part en progression constante depuis 2020. Le Sénégal, locomotive régionale (il faut aussi compter sur la Côte d’Ivoire qui avance à grand pas) grâce à son environnement entrepreneurial dynamique et à l’appui de structures telles que DER/FJ, Téranga Tech, CTIC Dakar ou encore Startup Act Sénégal, a enregistré à lui seul près de 60 millions de dollars d’investissements en 2024. Des startups comme Wave, Socium, Paps, *Eyone* ou Chargel ont contribué à installer la région comme un pôle émergent d’innovation.
POZI : une ambition régionale portée par la télématique intelligente
Avec ce financement, POZI prévoit de s’étendre vers la Côte d’Ivoire, marché clé de la logistique et des transports en Afrique de l’Ouest, avant d’attaquer d’autres marchés stratégiques en Afrique francophone. L’objectif affiché est ambitieux : connecter 35 000 véhicules sur 10 marchés africains d’ici 2030. L’entreprise entend tirer parti de la digitalisation rapide des transports en Afrique de l’Ouest, un secteur en pleine mutation : * La région compte plus de 40 millions de véhicules en circulation, dont moins de 5 % sont actuellement équipés de solutions télématiques connectées. * La demande pour des services de suivi GPS, maintenance prédictive et gestion de flotte intelligente explose, portée par la croissance du e-commerce et du transport urbain. * Selon la Banque mondiale, la logistique représente jusqu’à 25 % du coût total des marchandises en Afrique de l’Ouest, contre 9 % en Europe – un écart que les solutions comme POZI visent précisément à réduire.
Vers un nouveau cycle d’investissement régional
L’entrée de Saviu Ventures, fonds basé à Abidjan et déjà présent au Sénégal et au Cameroun, confirme l’intérêt des investisseurs pour les marchés francophones sous-exploités. Cette opération ouvre potentiellement la voie à d’autres levées similaires dans la zone CEMAC et au-delà.
“Les signaux sont clairs : l’Afrique francophone entre dans une phase de maturité technologique. Des acteurs comme POZI, Paps ou Julaya démontrent qu’il existe un vivier de talents, d’idées et de modèles d’affaires viables.
Pour le Gabon, ce premier succès pourrait déclencher un effet d’entraînement, encourageant la création de fonds locaux et l’émergence de hubs d’innovation à Libreville ou Port-Gentil. Pour l’Afrique de l’Ouest, il s’agit d’un symbole fort : celui d’une nouvelle génération de startups capables d’exporter leurs solutions régionales, tout en attirant des capitaux internationaux.







